[Critique] Belgica de Felix van Groeningen

J'aime parfois voir des films de genres très différents de ceux que j'affectionne. Cela me permet de sortir un peu de mes habitudes, d'ouvrir un peu mon champ de vision et puis de me bousculer quand tout est un peu trop calme à l'horizon.

Belgica a bien rempli tous ces rôles. Je n'ai pas passé un moment agréable devant ce film, je dirais même que certaines scènes m'ont excédée. Je parle principalement de toutes ces scènes de fêtes, de concerts, de sexe et de drogue, que j'ai trouvées gratuitement provocatrices et trop systématiques...au début. Il faut dire que le film pourrait un peu se résumer à ces longues scènes de débauche, dans sa moitié ! Paradoxalement, l'autre moitié, beaucoup plus intéressante à mes yeux, ne le serait peut être pas autant sans la première moitié, car c'est dans le contraste que tout réside au fond.

En voici l'histoire : Jo et Frank sont frères, et comme souvent dans les familles, ces deux-là sont très différents. Jo, célibataire et passionné de musique, vient d’ouvrir son propre bar à Gand, le Belgica. Frank, père de famille à la vie bien rangée et sans surprise, propose à Jo de le rejoindre pour l’aider à faire tourner son bar. Sous l'impulsion de ce duo de choc, le Belgica devient en quelques semaines the place to be…

[Critique] Belgica de Felix van Groeningen

Je me suis prise d'affection, comme rarement au cinéma, pour un personnage : celui du petit frère, Jo, à qui il manque un œil. Un jeune homme patron d'un bar, à la vie un peu débridée, mais au fond à la recherche de stabilité et de sécurité. Un personnage touchant car profondément gentil, ouvert, enclin à pardonner, toujours, et à tout le monde. Sa douceur tranche avec le milieu dans lequel il évolue et surtout avec la vitalité brutale de son grand frère.

Lui a cette stabilité dont Jo rêve, mais sabote tout, sans s'en rendre compte. Il boit, il se drogue, trompe sa femme, ne respecte plus personne. On assiste à sa déchéance, un peu impuissant, tant elle est ici normalisée par le milieu de la nuit et ses dérives. Lui n'est pas attachant, il est inconséquent, égoïste, violent. Il ne pardonne pas, et surtout pas à son père qui n'a jamais été présent pour lui. Pourtant (et peut être à cause de cela), il fait pareil avec son propre fils. Il détruit tout et va trop loin, mais nous tient en haleine durant tout le film, tant on ne connaît pas ses limites. Il y a une vraie tension, car on s'attache aux personnes qui l'entourent et on a peur pour eux.

Je vous le disais, ce film m'a été un peu pénible, et pourtant je crois que je l'ai trouvé excellent dans la façon subtile qu'il a de nous présenter les problèmatiques des personnages et les relations qui les lient, à l'image des deux frères. Il m'a incommodée mais m'a laissé des "marques" et j'y repense encore après une semaine. Cela faisait longtemps que je n'avais pas été dérangée de cette manière par un film. Rien que pour cela, je conseillerais à ceux qui n'ont pas peur du cinéma un peu "destroy" de tenter l'expérience.

Belgica, de Felix Van Groeningen

Avec Tom Vermeir, Stef Aerts

Sortie le 2 mars 2016

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