[Critique] La danseuse, de Stéphanie Di Giusto

Difficile de ne pas aimer l'histoire de ce film, qui n'est autre que le récit du destin méconnu de Loïe Fuller, une danseuse américaine du début des années 20, qui, à force d'acharnement, de passion et de travail, réussit à se faire un nom et imposer son style avant-gardiste en France. Mais il n'est pas nécessaire d'aimer la danse pour apprécier le film, qui, brosse surtout le portrait d'un être perfectionniste à l'excès, voire masochiste, en prise avec une sexualité aux contours peu définis et des attachements qui causeront sa perte. Voici l'histoire de façon plus détaillée :

Loïe Fuller, fille de ferme du grand ouest américain, parvient à devenir la gloire des cabarets parisiens de la Belle Epoque ! Cachée sous des mètres de soie, les bras prolongés de longues baguettes en bois, Loïe réinvente son corps sur scène et émerveille chaque soir un peu plus. Même si les efforts physiques doivent lui briser le dos, même si la puissance des éclairages doit lui brûler les yeux, elle ne cessera de perfectionner sa danse, jusqu'à la consécration : ses prestations à l'Opéra de Paris. Mais sa rencontre avec Isadora Duncan, jeune prodige avide de gloire, va précipiter la chute de Loïe.

La Danseuse propose une esthétique du mouvement magnifique, avec des plans sublimes sur des envolées de costumes de soie, des bras en extension et des pirouettes gracieuses. C'est un film organique, mais de façon presque aussi brutale que sensuelle. Soko, qui interprète Loïe Fuller est éblouissante, autant dans sa force quasi-animale que dans sa fragilité.

[Critique] La danseuse, de Stéphanie Di Giusto
[Critique] La danseuse, de Stéphanie Di Giusto

Dommage que la relation ambigüe qui l'unit à Isadora, qui est tout de même le nerf du récit, ne soit pas plus approfondie, plus sentie. L'ambiguïté du personnage d'Isadora, jeune femme fonceuse et instinctive, qui admire Loïe mais n'hésite pas à la supplanter, la séduit puis la manipule, est vraiment intéressante. Vraie peste ou fille libre et insaisissable, difficile à dire ! Lily-Rose Depp fait forte impression dans ce rôle qui semble lui coller à la peau, malgré la brièveté de ses apparitions.

Gaspard Uliel, de son côté, est énervant et un peu tête a claques dans le rôle du baron, un personnage particulièrement dérangeant. Le charme de sa relation complexe et asexuée d'avec Loïe n'opère pas suffisamment, compte tenu de ce que leurs personnages peuvent laisser espérer.

[Critique] La danseuse, de Stéphanie Di Giusto

Le film est globalement assez sombre, donc n'y allez pas pour vous remonter le moral ! On note quelques maladresses dans l'intrigue, mais surtout de belles prouesses dans la mise en scène, comme la baignoire qui se vide de son sang, le coït en armure, la scène de danse improvisée d'Isadora.

La Danseuse

Sortie le 28 septembre 2016

Un film de Stéphanie Di Giusto avec Soko, Lily-rose Depp, Mélanie Thierry, Gaspard Ulliel...

Genres : Biopic, Musique, Drame - Durée : 1H48 mn

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