Je n'ai pas encore pris le temps de vous écrire mes impressions au sujet du film qui m'a le plus emballée en cette fin d'année : Juste la fin du monde de Xavier Dolan. Un film, qui sur le papier a tout pour plaire : un casting 5 étoiles avec quelques uns des plus grands acteurs français dont Gaspard Ulliel, Marion Cotillard ou Nathalie Baye et un réalisateur porté aux nues depuis le choc "Mommy", le fameux Xavier Dolan.

Après ces derniers succès, celui-ci a souhaité adapter au cinéma une pièce de théâtre (de Jean-Luc Lagarce, alors atteint du sida), un exercice tout nouveau pour lui mais pour lequel il n'a pas renoncé à apporter sa patte en réécrivant les dialogues par exemple. Le pitch ? Un jeune homme renoue avec sa famille qu'il n'a pas vue depuis 12 ans afin de lui annoncer sa mort prochaine... Le film nous enferme dans l'espace temps d'un repas de famille quasi-chronométré, mais également dans le huis-clos étouffant d'une maison de campagne, qui devient vite le lieu d'un suspense insoutenable.

[Critique] Juste la fin du monde de Xavier Dolan : le huis-clos époustouflant

Car le retour de Louis va faire rejaillir toutes les tensions de cette famille, les reproches, les manques, les colères non dites ou mal dites. Des émotions qui vont rapidement nous assaillir et provoquer un "trop-plein" qui nous mettra immédiatement en empathie avec ce héros quasi-mutique, qui ne trouve pas sa place (ni sa voie/voix) dans ce carcan familial malgré l'amour, et qui ne l'a d'ailleurs sans doute jamais trouvée.

[Critique] Juste la fin du monde de Xavier Dolan : le huis-clos époustouflant

Le film monte en pression : Louis va-t-il réussir à annoncer à sa famille qu'il va mourir malgré le brouhaha incessant ? Son grand frère agressif (Vincent Cassel) ne va-t-il pas péter un plomb avant la fin du déjeuner ? Catherine, l'épouse de ce dernier (Marion Cotillard), qui semble à fleur de peau et bienveillante, ne va-t-elle pas craquer ? Entre elle et Louis se noue un jeu de regard profond et troublant. Elle est en réalité la seule à le "voir" vraiment, quand tous les autres sont occupés à lui faire des reproches. A t-elle compris qu'il allait mourir ? On ne le sait en fait jamais vraiment.

[Critique] Juste la fin du monde de Xavier Dolan : le huis-clos époustouflant

Jusqu'à la fin l'ambiguité demeure. Sans vous révéler l'issue du film, je peux vous dire que la dernière scène, entre larmes, incompréhensions, amour dissimulé derrière une forme d'agressivité, est terrible, vraiment terrible. Juste la fin du monde m'a mise mal à l'aise au fond, car cette famille est profondément dysfonctionnelle, auto-centrée, malsaine, et qu'on donnerait cher pour ne pas avoir à partager ce repas avec elle. Mais tout cela ne fait que nous donner matière à réflexion sur les liens familiaux et la notion d'amour en général et nous rendre le personnage de Louis plus profond et singulier. Alors que je ne l'avais pas aimé dans La Danseuse, J'ai adoré Gaspard Ulliel dans ce registre et ai bien envie de le découvrir davantage.

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