Grâce à mon blog, j'ai pu rencontrer des chanteurs, des musiciens, des comédiens, mais je n'avais encore jamais eu l'occasion de rencontrer un magicien, ou plus précisément un créateur d'illusions. C'est chose faite depuis ce matin, puisque j'ai pu aller interroger Langevin dans sa loge du Casino de Paris, où il s'apprête (le 18 janvier prochain) à remonter sur scène avec le spectacle qui l'a fait connaître, intitulé sobrement Créateur d'illusions. Le moins que je puisse dire, c'est que, même s'il n'a pas daigné partager avec moi tous ses petits secrets (le vilain !), ce sympathique Québecois m'a réconciliée avec la magie et m'a donné très envie de découvrir son univers !

Bonjour Langevin. Vous vous définissez comme un créateur d'illusions et non comme un magicien ou un mentaliste, pourquoi tenez vous à cette appellation ?

Il y a des nuances entre créateurs d'illusions et magiciens. Je crois que dans le monde de la magie, il y a peu de créateurs qui innovent et humblement c'est ce que j'essaie de faire. Je trouve important d'essayer de me différencier, que les gens comprennent que le spectacle est différent de ce qu'ils ont l'habitude de voir... ce titre évoquait vraiment ce que je fais.

Quand on veut se faire connaître en tant que chanteur ou comédien, on sait comment cela se passe, on passe des castings etc, mais comment cela se passe-t-il lorsque l'on est créateur d'illusions ?

Il n'y a pas de recette, mais pour ma part, je me suis d'abord fait connaître au Canada, dans mon pays d'origine. Et j'ai fait un peu l'inverse de ce qui se fait habituellement. Car souvent on se fait connaître sur scène puis on passe à la TV; Mais moi je me suis d'abord fait connaître à la TV et ensuite j'ai eu mon premier spectacle sur scène. J'ai eu la chance d'être découvert par un producteur TV de Montréal en 2007, et en 2008 on a tourné ma première série télévisée qui s'appelle Comme par magie. Je circulais dans les lieux publics et j'offrais des illusions aux gens avec des objets de la vie de tous les jours. Des illusions basées sur la science donc j'utilisais mon bagage scientifique pour créer les numéros. Et c'est cette série qui m'a lancé ! Il y a eu une deuxième puis une troisième saison, des primes sur la chaîne nationale. C'est comme ça que j'ai acquis ma notoriété au Canada et en 2013 j'ai lancé mon premier spectacle sur scène. Et comme le spectacle a connu un succès, on a décidé de l'exporter jusqu'ici...

 

[Interview] Langevin, le créateur d'illusions québecois : "je fais de l'extraordinaire avec de l'ordinaire"

Comme vous le disiez, c'est un chemin qui a été peu emprunté... Comment fait-on pour créer à partir de rien ?

En France, on a voulu utiliser la même stratégie qu'au Canada, c'est à dire entrer dans le milieu de la télévision pour me faire connaître, mais on a eu beaucoup de difficultés. On a rencontré des producteurs TV en 2011 pour vendre des émissions qu'on avait tournées au canada, on en a vendu quelques unes mais on a jamais vraiment réussi à produire ici. Donc en 2015 on a pris la décision de venir directement avec le spectacle. Faire l'inverse de ce qu'on a fait au Québec. On est arrivé en 2016 et j'ai participé à des talk shows etc.

Aujourd'hui, la TV s'intéresse plus à moi, maintenant que le spectacle a bien fonctionné : j'ai intégré l'équipe d'Actuality et je prépare l'émission Diversion produite par Arthur.

Vous êtes là de manière récurrente dans Actuality ?

Oui deux fois par semaine, je ne pouvais pas être présent tous les jours. C'est très exigeant, c'est de la création au quotidien. Chaque jour, je créé un tour en rapport avec l'actualité, le thème ou l'invité du soir. j'ai peu de temps pour le faire et parfois peu de ressources mais c'est très stimulant !

Vous avez fait de longues études scientifiques et même un doctorat en optique. En quoi ce bagage vous sert-il ?

La plupart de mes illusions sont créées à partir de principes scientifiques, physiques, chimiques, biologiques méconnus. Quand une technologie est méconnue, ça passe pour de la magie. Certaines technologies ne font pas encore partie de nos vies mais le principe scientifique qu'il y a derrière existe déjà. Il y a 20 ans, le téléphone portable serait apparu comme de la magie, mais pourtant le principe existait. Tout cela est inspirant. Cela me sert aussi à présenter mes numéros, j'aborde des thèmes scientifiques dans mes numéros et c'est aussi une sorte de signature, pour me démarquer.

D'ailleurs, le décor de votre spectacle est un laboratoire inspiré de l'univers de Jules Verne...

Oui. C'était un scientifique qui de par ses inventions et son travail faisait rêver, donc je m'identifie beaucoup.

Vous dites que dans vos tours, tout s'explique scientifiquement. Mais dans certaines vidéos, comme celle que vous avez tournée avec Amélie Neten, il y a des choses inexplicables : vous lui demandez de penser à un animal, et ensuite en plus de deviner qu'elle a pensé à un caméléon, vous en faites apparaître un vrai... Comment l'expliquer ?

Même si tout s'explique scientifiquement, il faut toujours que mes numéros fassent rêver. Je mêle science et illusions pour que les gens s'interrogent et ne sachent jamais. Je navigue entre les deux. Quand le caméléon apparaît, c'est plus de la magie que de la science, je laisse les gens rêver, j'ai utilisé une technique de magicien. Il y a aussi de la psychologie, du mentalisme. Dans le spectale, je montre par exemple au public que je peux les inciter à choisir quelque chose...

Donc dans le cas particulier d'Amélie Neten, vous l'avez incitée à choisir le caméléon à son insu ?

Ah ça je ne dirais pas ! (rires)

J'ai remarqué dans vos numéros que vous utilisiez souvent des objets du quotidien comme des couverts, des légumes, des salières etc, est-ce un choix délibéré ou êtes-vous particulièrement inspiré par votre cuisine (rires) ?

(Rires) C'est un choix délibéré. J'aime dire que je fais de l'extraordinaire avec de l'ordinaire. Si quelqu'un était véritablement capable de faire de la magie, selon moi il ne le ferait pas avec des accessoires qu'on n'a jamais vus de notre vie, il le ferait avec une fourchette, une bouteille, un téléphone, bref ce qu'il y a autour de lui. Je crois que c'est ça le pouvoir d'un artiste, susciter de l'émotion à partir de rien. Un peintre prend un pinceau, de la peinture, une toile, des objets simples, et il nous fait vivre des émotions...

Dans vos vidéos ou sur les plateaux TV, on sent que vous êtes très amusé par la réaction des gens que vous bluffez... Est-ce votre moteur ?

Oui tout à fait ! C'est ce qui fait que j'adore ce métier, c'est mon salaire ! J'aime apporter une forme d'émerveillement, mais aussi du suspense, du rire, de la peur. c'est valorisant et presque euphorisant,c'est comme quand on offre un cadeau, cela nous procure des sensations de faire plaisir. 

Mais parfois les gens ont peur...

Oui la peur aussi me fait plaisir, car je sais qu'une fois passée, les gens vont rentrer chez eux et se questionner. Ce questionnement va faire rêver, leur imagination va travailler !

En France, l'univers de la magie est poussiéreux, ringard, et au Québec cela semble très différent, non ?

Il y a beaucoup d'endroits où la magie est restée bloquée dans les années 80, avec des femmes coupées en deux, des danseuses en paillettes etc. Je pense que la magie se doit de se moderniser, doit suivre l'évolution de la société. C'est un peu comme le Cirque, il y a eu une modernisation avec le Cirque du soleil etc

...Grâce aux Québecois !

Oui ! Je ne veux pas lancer des fleurs à mon pays d'origine mais oui ! Au Québec, on est entourés de pays anglophones, donc si on veut nos spectacles ou programmes francophones, nous devons créér par nous-mêmes; Les Québecois écoutent à 80% les programmes qu'eux mêmes produisent, et ça nous oblige à être très créatifs.

En quoi votre spectacle particulièrement est moderne ?

Il y a de la projection vidéo, ce ne sont pas des numéros classiques, donc pas de lapin qui sort du chapeau. Souvent un spectacle de magie est une succession de numéros, mais dans le mien il y a une histoire, que j'illustre par les illusions, donc je crois que c'est une forme de modernisation. Il y a une palette d'émotions, il y a de la poésie, du suspense, ça va au delà du "comment il fait ?". On a fait également composer la musique sur mesure, on a créé l'éclairage, la scénographie etc.

Et j'imagine que le spectacle a évolué avec le temps, car cela fait un moment que vous tournez avec au Québec notamment...

Oui je tourne avec depuis 2013 au Québec, et on gardé les mêmes illusions depuis le début, mais on a amélioré certains numéros, mais nous n'en avons pas supprimé ni ajouté car cela aurait changé l'histoire et ce n'est pas possible car il s'agit de mon histoire.

[Interview] Langevin, le créateur d'illusions québecois : "je fais de l'extraordinaire avec de l'ordinaire"

Avez-vous des tours préférés, des tours qui suscitent des réactions étonnantes ?

Les gens aiment beaucoup le dernier numéro, c'est le plus spectaculaire, et c'est également le point culminant de l'histoire que je raconte, il fait beaucoup réagir et j'adore le faire.

J'aime beaucoup un autre numéro autour des mathématiques, où je sélectionne des gens au hasard dans la foule et je leur demande leurs dates de naissance, et je les inscris sur un tableau et lorsqu'on les additionne, on obtient des nombres qui révélent des choses sur une personne qui est sur scène. C'est de la magie avec des mathématiques. On pense souvent que les maths c'est fastidieux, mais ça marche très bien dans le spectacle.

Mais j'aime tous les numéros, vous savez, j'ai toujours autant de plaisir à les faire, ils générent des émotions différentes. Il y a un tour où un téléphone disparaît sur scène et se retrouve quelque part dans la salle, il fait également beaucoup réagir.

et cela vous est déjà arrivé de rater un tour ?

Pas souvent car je m'assure toujours que tout est bien préparé mais c'est arrivé quelques fois. En magie, j'ai l'avantage que le public ne sait pas comment le numéro va se terminer, donc je m'en sors en improvisant. Et le public n'aura jamais connaissance que ce n'est pas ce qui était prévu !

Vous est-il déjà arrivé de vous servir de votre talent dans votre vie quotidienne, pour séduire une femme ou pour vous sortir d'une situation délicate ?

Je crois que ma conjointe dirait qu'il y a un de mes tours qui l'a séduite au début. Mais je travaille beaucoup, donc quand je suis en repos, j'évite de faire de la magie. Puis un moment dans ma vie, je voulais me prouver à moi-même que je n'avais pas besoin de la magie pour être quelqu'un d'intéressant...Quand j'étais ado, j'étais très timide donc j'y ai vu un moyen de briser la glace avec les autres, mais depuis que j'ai 23/24 ans, je ne le fais plus.

Mais j'imagine que votre entourage réclame des tours, non ?

(Rires) Oui, tout le temps, c'est pour ça que je n'ai plus d'amis maintenant (rires). Oui, c'est comme le medecin pendant les fêtes de fin d'année, qui veut décrocher mais que l'on embête avec des problèmes de santé..

J'imagine que votre spectacle va susciter des vocations, quelles sont selon vous les qualités nécessaires pour devenir créateur d'illusions ?

Avoir de l'empathie pour les gens, avoir envie de leur faire vivre des choses avant tout. Il y a beaucoup de magiciens qui font des tours pour eux-mêmes, qui veulent faire des tours compliqués, alors que le spectateur qui ne connaît pas les ficelles a une perception très différente de la magie. Je pense qu'un bon magicien doit avant tout être artiste, avoir sa propre couleur, trouver quelque chose d'unique dans sa personnalité, ou dans le message qu'il veut faire passer.

Langevin, créateur d'illusions
Du 18 janvier au 4 février 2017 au Casino de Paris
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