Marguerite de Xavier Giannoli est l'un des films français les plus originaux et les plus touchants de ces dernières années. Librement inspiré de la véritable Florence Foster Jenkins, il raconte l'histoire d'une aristocrate des années 20 convaincue d'être une grande soprano — alors qu'elle chante horriblement faux — et de l'entourage qui entretient cette illusion par amour ou par intérêt.
Catherine Frot, une performance monumentale
Le rôle de Marguerite Dumont est un défi colossal pour une actrice. Il faut incarner une femme sincère dans sa passion artistique, touchante dans sa naïveté, sans jamais la rendre ridicule ni la traiter avec condescendance. Catherine Frot relève ce défi avec une grâce absolue. Sa performance, récompensée par le César de la meilleure actrice, est l'une des plus belles de l'histoire récente du cinéma français.
Le film est aussi une méditation sur la nature de l'art et de la critique. Autour de Marguerite gravitent des personnes qui, chacune à leur façon, lui disent ce qu'elle veut entendre. Seul un journaliste musicologue ose la vérité — et sa vérité va faire beaucoup plus de mal que ne peut le faire la douceur des mensonges. Cette question de la responsabilité face à l'illusion de l'autre est traitée avec une intelligence et une nuance remarquables.
La reconstitution des années folles est splendide, la bande originale vibrante, et la mise en scène de Giannoli d'une précision qui ne sacrifie jamais l'émotion au spectacle. Marguerite est un film grand et généreux, qui vous fera rire et pleurer dans les mêmes instants. Une réussite totale.








